Journal

journal haut

Cher journal,

Tout cela semble tellement irréel que je me saigne encore en priant pour que je ne me réveille pas. Ces dernières heures furent les plus intenses qu’il m’ait été accordés de vivre.

J’ai fait aujourd’hui la rencontre de Meven. Il a eu la générosité de me sortir d’un funeste sort, celui de finir submergé par la noirceur de cette ville. Je ne saisis pas encore l’importance de mon rôle à ses yeux, mais une chose est sûre: Je ferais tout pour régler cette immense dette que j’ai envers lui, bien qu’il ne sache pas de quel mal il m’a extirpé ce matin-là.

Ses relations en ville m’ont conduit à un travail, qui à l’en croire, est nécessaire pour survivre dans ce monde, car ici et je l’ai compris à mes dépends, tout se paie.
Aux heures vespérales, j’ai fait la rencontre du groupe Arkorner. Maintenant encore, les mots me manquent pour décrire comment des émotions dont je ne soupçonnais pas l’existence, vinrent à me saisir hors de ce corps frêle. Je compte bien mettre cette nuit à profit pour continuer mes écrits.

Je ne trouverais pas le sommeil, pas tant que des mots n’auront pas retranscrit au plus profond, le sens de ses émotions au fond de la fibre d’un papier.

Au fait ! Je ne t’écris plus de l’église, mais d’une chambre dans la zone tertiaire de Viria’s district. C’est l’appartement de Meven, il a accepté de me loger si en retour je l’aidais à payer son loyer. Même s’il s’en plaint, je le trouve plutôt grand. Si tu voyais ma chambre, elle a de quoi mettre au moins trois lits, et devine, je t’écris depuis un vrai bureau.

Ce soir, nous avons cuisiné assez pour manger toute une semaine! C’est ce que Meven a dit quand j’ai versé tout le sachet de pâte dans la casserole d’eau bouillante, j’en suis assez fier.

Tu sais, le monde extérieur est effrayant, mais tellement fascinant, pourvu de trouver quelqu’un qui sache le mettre en valeur. Je pense que je ne le remercierais jamais assez, aujourd’hui a été pour moi l’un des plus beaux jours que j’ai pu connaître.

Noah.

journal bas


Plus tard, dans la nuit.


– Foutue vessie. Pas étonnant, avec toute l’eau que j’ai bue…
Meven frappa son front de la paume de sa main en grommelant.
– J’n’aurais jamais dû laisser Noah gérer le dosage de sel dans les pâtes…
Après quelques pas en dehors de sa chambre, il repéra avec facilité la clenche de la salle de bain. Pour cause, un mince filet de lumière éclaircissait le plâtre du couloir. Meven se retourna vers la chambre de Noah.

Ben merde, on doit bien taper dans les trois heures du mat, et sa lumière n’est toujours pas éteinte ?

La minute qui suivit lui parût sans fin. Quand il eut enfin fini, Meven alla en direction du l’évier, qu’il ouvrit à la température la plus froide. Tout en se rinçant les mains, son regard parcourait un chemin défini à l’avance par sa routine, avant de tomber sur la bannette de linge sale.

C’est pas ses fringues d’aujourd’hui ça ?

Il resta longtemps dubitatif devant la pile de vêtement. À ce moment précis, Meven commença à se rendre compte qu’hormis ses espoirs placés en lui, Noah n’était rien d’autre qu’un parfait inconnu. Lequel se trouvait maintenant à quelques mètres de lui, dans son propre appartement. Il tira une longue moue, avant de faire quelques pas.

Pis merde, c’est quand même légitime que je cherche à savoir qui est ce mec. Se dit-il en plongeant ses mains dans la bannette blanche, avant de les ressortir brusquement.

Putain, c’est quoi ça !

Il recula de quelques pas, et plongea le regard dans ses mains. Il pensa être pris d’hallucinations durant un moment, avant qu’un vif regard en direction d’un vêtement remonté en surface dans l’action ne l’en dissuade.
Meven reposa longuement son regard en direction de ses mains, suintante de sang.
Dans la confusion, il passa énergiquement ses mains sous le jet d’eau de l’évier, peinant à rendre au filet d’eau maintenant rose, sa transparence naturelle.

Bordel, il y a vraiment quelque chose de pas net chez lui…


 

 

 

Chapitre suivant