chapitre 7

 

Noah marcha un long moment alternant champs et routes lugubres, la nuit noire rendait les lieux sinistres et inquiétants, les rares lumières au loin sonnaient comme le dernier espoir pour toutes les personnes qui aurait osé s’aventurer dans cet endroit. Mais pas pour Noah, il avait le sourire aux lèvres, et même quand le vent froid l’empêchait de montrer à la pénombre son enthousiasme, il eut toujours cette lueur interne, son espoir n’avait jamais de trêves, il portait sa lumière en lui. Son dieu le guidait, et selon lui rien au monde ne pouvait lui arriver.

L’abbaye se trouvait à plusieurs centaines de mètres de toute habitation, le calme était primordial pour ses occupants, aussi fallait-il qu’elle ne soit ni trop proche des habitations voisines, ni trop éloignée afin que les paroissiens puissent tout de même prendre part à la messe du dimanche.

Après coup, le vent froid l’empêchait de marcher aussi vite qu’il l’aurait souhaité. Il sentit soudain comme un moment de faiblesse dans ses gestes, et même s’avoua-t-il, dans ses pensées:


Konstellation



Il repensa à son toit, son lit et tout ce dont il avait à disposition, il commençait à regretter de ne plus jamais avoir la venue de Sœur Marie dans sa chambre pour lui dire qu’il était temps de dormir, regrettait de ne plus jamais toucher ses briques blanches et froides de ses murs collés à son oreiller, elles qui écoutaient tout et ne laissait rien passer, regrettait même jusqu’à ce bruit au loin du contact des roues sur les longues voies usée par la rouille qu’occasionnait ces trains de marchandises de nuit qui…

Il pila net.
– Mais oui! s’écria-t-il, Le train !

Soudainement Noah se retourna, et se mit à courir à contre vent. La gare qui occupait ses rails n’était qu’à quelques kilomètres d’ici. Il coupa un champ à vive allure, sentit ses mains toucher les germes de blé encore verts. Il s’imaginait une volée de notes harmonieuses au piano dévaler sous ses pieds aux rythmes de sa course.
Son sourire était revenu, il se sentit revivre. Le train. C’était le meilleur moyen pour lui de filer au plus loin de ces contrés en un temps minime. S’il prenait le train, les chances de le poursuivre et de le rattraper étaient infimes. Il jubilait déjà à l’idée sentir cet écart se creuser avec son ancienne vie, et il se mit à courir encore plus vite. Son cœur ne suivait pas, mais il s’en fichait.  Lorsqu’une motte de terre trop volumineuse et trop solide venait à buter contre son pied, son corps ne pouvait s’empêcher de tituber, mais chaque fois qu’il tombait, il ne prenait pas le temps de souffler, et se remettait à courir de plus belle.
Le vent, la terre, le manque évident de chaleur, et même la pluie qui se mettait à tomber à flot: tous les éléments semblaient être contre lui, et pourtant ce sourire ne disparaissait jamais. Il allait prendre le train, oui.
Cette fois-ci, il ne resterait pas sur le quai à voir ses rêves s’en aller sans lui.


 

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