chapitre 6

 

Surtout, ne pas faire de bruit

23h52, A’Shamay

Dans une partie reculée de l’abbaye se trouvait l’infirmerie. Cela faisait maintenant plus d’une heure que Noah avait simulé son sommeil face à l’infirmière, profitant elle-même de s’accorder une micro sieste de quelques minutes. Au cours de ces derniers jours passés en sa compagnie, Noah apprit par le terme de dialogues son prénom, et put observer au fil des jours ses habitudes, c’est par ce biais là qu’il sut que ce moment était décisif pour son avenir. Hélène de son prénom, se tenait donc face à lui sur une chaise à accoudoir dans une position qu’il aurait jugé inconfortable.

Surtout, ne pas faire de bruit

Il commença par se redresser lentement, sans jamais la quitter du regard. Quand il fut en position assise, son tee shirt se décolla subitement de ses plaies et ne put s’empêcher de bloquer sa bouche à l’aide de ses deux mains, de peur de pousser un cri qui pour sûr, aurait réveillé la moitié de l‘abbaye. Après de nombreuses secondes afin de laisser passer la douleur, il décida de se lever. Ses pieds touchèrent le carrelage glacé pour la première fois depuis plusieurs jours maintenant, et entreprit de faire quelques pas. Il manqua de trébucher à deux reprises, avant de s’aider du rebord de son lit pour se rabaisser, afin de prendre ses affaires.

Un sac à dos contenant son journal, un chapelet de bois, de nombreuses économies laissées par les paroissiens, ainsi que quelques sous-vêtements de rechange. Noah avait jugé bon de ne prendre que le strict nécessaire. Il empoigna ses chaussures et marcha sur la pointes des pieds jusqu’au niveau de la porte qu’il ouvrit silencieusement sans grand mal.
Il décida de ne se chausser qu’une fois en plein air, de peur que les bruits de semelles raisonnent dans les longs couloirs qu’il devait se résigner à emprunter pour sortir d’ici, ainsi qu’au niveau des transepts, réputés pour être très bruyant lorsque l’on conversait à l’intérieur.

Il traversa donc tout ce trajet pieds nus dans un silence irréprochable, de peur de réveiller toutes les portes qu’il rencontrait, et arriva enfin au niveau des jardins. C’est ici qu’il fit une pause pour s’assoir. Premièrement car il ne donnait pas cher de son temps de cavale pieds nus, mais surtout car il devait se remettre de tout ce trajet après tout ce temps en convalescence sans avoir marché.

Il se releva difficilement en direction de la petite colline descendante, avant de porter un dernier regard à l’église, annonçant minuit pile.

Noah l’avait prévu. Pour lui refaire correctement sa vie nécessitait un jour nouveau. Il hésita à se retourner pour contempler une dernière fois l’abbaye, mais se ravisa aussitôt. Quelque pas plus tard, se dressait devant lui une imposante barrière métallique où étaient sculptées d’innombrables fresques évoquant des passages de la bible. Jeune, il les regardait souvent : une porte colossale embrassant des enceintes murales de plusieurs mètres. Noah se fit une énième fois cette réflexion qu’il n’avait de sa vie, jamais encore franchi cet obstacle. Seules sa vue et l’idée qu’il se fit de ce que lui racontaient les sœurs pouvaient se balader à l’extérieur de ses enceintes, jusqu’à aujourd’hui.

Il posa le plat de sa main sur la grande porte comme pour la caresser, avant de resserrer ses doigts sur une potentielle prise, et fit de même avec son autre main, puis les pieds. La grandeur, l’égocentrisme, et l’extravagance des sculptures lui permirent d’avoir de bons appuis, il atteignit d’une déconcertante facilité le sommet de la porte. Au contact des bourrasques de vent frais, Noah fit tomber sa tête vers l’arrière, comme pour en profiter, avant de rire aux éclats.

Au loin dans l’abbaye une lumière s’alluma, il stoppa net, et vit une silhouette se pencher à la fenêtre. Il décida aussitôt de descendre de l’autre côté, d’abord appuis par appuis, puis, ne sachant ce qui se tramait derrière l’imposante porte, il décida de lâcher toute prise, et poussa un cri nerveux trahissant son enthousiasme. La chute lui parut durer une éternité.

Pour la première fois, il souriait.


 

 

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