chapitre 4

 

06h30 – A’Shamay.

Dimanche marquait le jour le plus important de la semaine pour les habitants de l’abbaye. Se lever tôt était dans la logique des choses en vue de la messe hebdomadaire débutant à 09h30 précise. La vie de l’abbaye marquait une routine stricte :

06h30 était l’heure du lever des nonnes, ayant pour première tâche de faire un tour des chambres dans le but de s’assurer que tous eurent quitté les bras de Morphée, tandis que d’autres préparaient les tables pour le petit déjeuner.
07h00 se voyait être l’heure de manger dans le modeste réfectoire marqué de poutres murales faite de bois.
La cloche de 08h00 annonçait le début des préparatifs pour la messe, jusqu’aux coups de 09h00, heure de l’accueil des paroissiens dans l’église, située au plus haut de la colline. 

Pour Noah, la routine de vie se stoppa net sur les coups de 06h45, lorsqu’une nonne vint à ouvrir sa porte de chambre, avant de le voir écroulé à plat ventre sur le sol, inconscient, les draps imbibés de sang.
– Une civière ! Hurla alors la nonne, que l’on apporte une civière !


Les heures défilaient jusqu’aux coups de midi, ou les cloches sonnaient à leur apogée, sortant Noah de sa léthargie prolongée.

– Ma tête… pouvait-on deviner sur ses lèvres, dégageant un mince filet d’air.
Il entreprit d’ouvrir les yeux, avant de froncer du visage à la vue de la lumière clinique de l’infirmerie.
Il tenta alors d’annoncer son réveil à qui pouvait l’entendre, avant de se raviser. Plusieurs personnes se tenaient près de lui, il pouvait ressentir leur présence, il distinguait des bruits, puis des voix, et enfin un dialogue intelligible.

– C’est un scandale mon père ! Un tel égaré n’a pas sa place au sein de notre enseigne !
– Mais qu’allez-vous dire là Gabriel, s’étonna une voix féminine, c’est notre premier devoir d’aider notre prochain, avez-vous déjà oublié votre dévotion pour notre religion ?
– Cela suffit vous deux. Noah reconnut cette voix, aucun doute pour lui, il s’agissait du gérant de l’abbaye. Il en revient à moi et à moi seul de décider du sort de cette pauvre âme. Sœur Marie, votre intention est louable, mais Gabriel a raison, son appel à l’aide n’est plus de notre ressort.
– Qu’insinuez-vous là ? Reprit la sœur.
– Il est évident que ce garçon souffre de troubles mentaux ! S’esclaffa Gabriel, sa place est dans un hôpital spécialisé, pas dans une abbaye !
– Vous n’allez quand même pas l’envoyer dans ce genre de centre ! Rétorqua la femme d’une voix tremblante.

La main de l’abbé se reposa calmement sur son épaule.

– C’est irrévocable ma sœur, au vu des évènements, nous ne sommes plus en mesure de garder ce garçon. Veuillez bien aller lui desservir sa chambre de tout effet personnel, nous l’apporterons en fin de semaine prochaine. Les services médicaux ont déjà été tenus au courant.
Il se retourna vers une personne vêtu de blanc.
– Merci infiniment docteur, sans votre aide notre maison aurait été témoin d’une tragédie.
– C’est tout naturel, dit ce dernier en se relevant du chevet. Cependant, il baissa la voix, veuillez informer le patient de son transfert le plus tard possible. Son comportement déviant pourrait l’amener à de nouvelles démences, ses plaies risqueraient de s’ouvrir.

Il plongea son regard dans celui de l’abbé.

– Sans compter que les innombrables cicatrices sur son dos indiquent qu’il n’en était pas à sa première fois.
– Oui je comprends, acquiesça l’abbé tout en indiquant la porte de sa main droite.
Après le départ du médecin, l’abbé se tourna vers Gabriel.
– Vous pouvez prendre congé mon père, une infirmière viendra s’assurer à horaires fixes que tout est sous contrôle. Quant à moi, il tourna son regard vers l’être inanimé, j’ai beaucoup de formulaires à remplir à cause de lui.
Ils sortirent en refermant la porte derrière eux, après leur départ, le silence réapparut.

Une nébuleuse de sentiments explosa en Noah, tandis que des larmes perlèrent sur ses joues.


 

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