chapitre 30

 


Minuit trente

Le dernier accord de la soirée venait d’être exécuté sur la scène du Sharly’s Color, le tonnerre d’applaudissement qui s’en suivait parvenait à couvrir le son des cordes de la guitare, déjà reposée sur son socle. La demande d’un rappel du publique sonnait l’évidence, mais n’avait pas atteint l’oreille de Meven qui appuyait déjà ses mains sur la porte de sortie de l’arrière scène, marchant sans un regard derrière lui.

Personne.

La scène était blanche ; la neige tombait depuis le vespéral, recouvrant toutes les courbes à l’horizon. Meven dégaina son paquet de cigarette qu’il écrasait sous la force de sa poigne qu’il ne semblait déjà plus maîtriser. Il alluma avec beaucoup de peine une première cigarette accompagné de jurons.

– Allez putain, allume-toi.

Il la consuma d’une vitesse telle qu’un cône orange apparaissait derrière le tube renfermant le tabac sucré, se voyant dans l’obligation d’en rallumer une autre.

La porte derrière lui grinça, laissant sortir Tom suivi de près par Shan. Leurs traits étaient alarmants. Shan plongeait son regard sur le bout de ses chaussures, écrasant les quelques mottes de neiges rebelles. Tom quant à lui frappait sur son jean de façon arythmique, semblant tout aussi déboussolé que les autres. Personne sur le parking n’osaient lâcher le premier mot, rien ne semblait pouvoir être dit, un tabou avait scellé les trois garçons.

C’est alors que la porte d’arrière scène s’ouvrit pour la troisième fois.

Noah sorti timidement en laissant ses pieds s’enfoncer dans la neige, réajustant un bonnet sur son chef et croisant les bras, comme pour se plaindre du vent glacial.

Aussitôt en visuel, Meven jeta sa cigarette à moitié consumée par terre et fonça en direction de Noah. Des larmes commençaient à monter, arrivé à portée de main, il hurla en sanglot.

– C’est quoi ton problème à la fin putain !

Il empoigna de ses deux mains la veste de Noah et le plaqua contre le mur en taule du bar, il tenta de serrer de toutes ses forces, en vain. Celles de Meven avaient complètement disparu.

– Réponds ! enchérit-il en serrant les dents.

Ses lèvres tremblaient, plus rien ne pouvait sortir.

Sans un mot, Noah tendit sa main vers la tête de Meven, replaçant ses mèches noires tombantes. Meven vit dans son regard beaucoup de compassion, mais aussi une détermination sans mesure. Il relâcha son emprise pour finir par s’adosser au mur en se laissant tomber. Ses mains glissèrent dans ses cheveux, puis resta figé tel quel, comme si le gel de toute une nuit s’était abattu sur lui.

Dans un angle de rue au loin, on pouvait entendre le publique sortir du bar. Malgré le bruit de la foule, les quatre garçons pouvaient y deviner les dialogues, tous ne parlaient que d’une chose :

– C’est un taré ce type, il aurait pu se tuer en publique !

– Tu penses pas que c’était théâtralisé ? Moi j’dis, c’est du bidon !

– Ouais, ben en attendant, sa voix elle était bien réelle, ils étaient super bon !

– Y a pas photo avec l’autre chanteur, celui-là est fou allié mais je le préfère de loin.

– Un malade mental je vous dis, cinq billet qu’il finira la gueule ouverte ou en psychiatrie, vous verrez !

Le florilège d’éloge et de réflexion s’étendaient sur l’heure suivante, pendant laquelle aucun des quatre garçons n’osaient se regarder, ni même s’adresser la parole.

Le calme revenait peu à peu alors que la foule se dispersait, tandis que les températures chutaient de plus en plus.

Meven n’avait toujours pas bougé, avant qu’une main gelée ne se tende vers lui, celle d’un visage souriant, celui de Noah.

– Rentrons.

 


 

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