chapitre 3

 

Le samedi, les rues de Viria ont généralement pour habitude d’être noires de monde dans la zone secondaire de la ville. D’innombrables badauds et touristes arpentaient les ruelles et boutiques. Viria’s District se voit avoir deux facettes différentes : celle de la semaine où routine rime avec travail, et celle du week-end.

Pour Meven, samedi rimait avec grasse matinée, et n’accordait ce jour-là d’intérêt à la vie active qu’à partir de 13h00, heure du lever. Ce jour-là, peu après avoir fini son petit déjeuner, il s’enquit de s’habiller chaudement avant d’empoigner sa guitare électrique restée dans sa house depuis le concert d’hier. Il sortit de son appartement pour prendre le tramway en direction du centre-ville, là où les autres l’attendaient.

14 h 10 marquait l’arrivée prévue des membres du groupe pour les répétitions de routine hebdomadaires. Meven arriva le premier sur les lieux, et accompagna sa venue d’une cigarette au tabac sucré.
Au tiers de sa combustion, arriva Shan, qu’il salua. À la moitié, vint Tom et fit de même. Et bien plus tard après que le groupe eut fini de s’installer, arriva Allan, qu’il ignora.

 


Meven before



 

À sa venue, Shan le regarda longuement, ce dont il s’aperçut :
– T’as un problème ?
Shan soupira fortement avant de lever les yeux au ciel.
– Non. Rien…
– Qu’est-ce que tu fous à venir à cette heure-là Allan ? S’empressa de dire Meven d’un ton froid, il est 14 h 30 passés j’te signale qu’on a rendez-vous à 14h10 et comme toutes les semaines t’as presque 30 minutes de retard.
– Qu’est-ce que j’y peux si vous traînez pour installer votre matos, moi je viens et je branche mon micro, regarde Tom il a même pas fini d’accorder ses peaux.
– Tu plaisantes j’espère. Si tu penses que je vais laisser passer ça…
– Et tu vas faire quoi. Coupa sec Allan en se rapprochant de son interlocuteur.
Meven se pencha pour indiquer d’un mouvement de tête la sortie du local de répétition.
– Moi rien, toi en revanche tu prends la porte.
– Mon poing dans ta gu…!

Alors qu’Allan était sur le point d’exécuter sa menace, Tom commença à se rapprocher des deux membres, avant d’exercer un fort contre-appui sur le corps d’Allan, qui bascula vers l’arrière. Sa colère prit le dessus.
– Vous n’êtes rien sans moi ! Cria-t-il alors en pointant du doigt le membre fondateur, c’est moi la voix du groupe !
Tom fit rouler sa tête en direction d’Allan avec un regard insistant.
– On s’en passera, merci.
Jugeant la situation peu propice pour se battre, Allan sortit sur la défensive.
– Vous verrez bande de merdeux, vous allez couler dans l’indifférence totale et je serais là pour voir ça ! S’empressa-t-il de dire avant de tourner les talons et de partir.

Un léger silence se posa, avant l’intervention de Shan.

– Bon, et on fait quoi maintenant ?
Meven empoigna sa guitare :
– Ce qu’on est venu faire à la base, les studios de répétitions sont pas encore gratuits.
Durant l’heure qui suivit, le trio répéta sans relâche les morceaux accumulés depuis la formation sans accroche. Contre toute attente de la part des membres, la répétition instrumentale leur paraissait bien plus intelligible qu’autrefois. La voix d’Allan surplombait certainement le reste des instruments pensa alors Meven, ce qui le conforta dans l’idée d’avoir pris la bonne décision.
– Petite pause, dit-il alors à la fin d’un énième morceau, ce que Shan et Tom approuvèrent grandement.
Meven piocha dans son manteau son paquet de cigarettes et sortit, tandis que Tom et Shan commençaient à entamer une discussion sur ce qui s’était passé une heure avant.

Il fixa un temps la circulation du centre-ville avant de se décider à allumer une cigarette. Alors qu’il expira la fumée par ses narines, il sentit la poche de son manteau vibrer, il en sortit un cellulaire si vieux que personne pour sûr n’en aurait voulu, et décrocha à la vue du numéro :
– Salut Marc, qu’est-ce qui t’amène à m’appeler ?
– Allô ? Meven ? Bon sang mais qu’est-ce qui t’a pris de faire une chose pareille ! Je viens d’avoir Allan au téléphone et il était super furax ! Il faut absolument que tu le reprennes et vite !
– Je vais bien moi aussi c’est gentil de demander, ironisa-t-il.
– Tu saisis pas l’ampleur de ta connerie mon vieux ! Je viens pas t’appeler pour ça à la base.
Meven afficha un visage perplexe.
– Crache le morceau Marc, j’suis pas vraiment d’humeur là.
– Tu sais que je prends mon poste de manager au sein du groupe très à cœur depuis tout ce temps, je t’ai trouvé des dates de concert, un chanteur, et là je viens de trouver ton ticket d’or mec !
– Comment ça ? Viens-en au fait.
– C’est Stonebury Record mec, après avoir envoyé votre maquette dans toutes les maisons de disques du pays ils m’ont contacté, on remet un concert au Sharly’s Color le mois prochain, avec un sniffeur dans la salle.
– T’es pas sérieux là ?
– Aussi sérieux que t’es débile d’avoir laissé Allan se faire la malle, arrête ta répétition et va le rechercher de ce pas ! À tous les coups il est parti se saouler la gueule au Var’grail club.

A ce moment-là, Meven émit une longue et profonde inspiration.

– Allan est hors-jeu, mais ne t’inquiète pas, tu auras ton concert à la date prévue avec un line up complet.
– T’as pas intérêt à faire de faux pas Meven, des occasions comme celle-là t’en auras pas deux ! Si tu te pointe à ce concert sans chanteur c’est ma crédibilité qui est en jeu, et tu pourras tirer un trait sur mon aide !
– Je ne te décevrai pas Marc, merci de m’avoir informé. Tiens moi au courant pour le reste des informations par mail, t’es vraiment un pote.
– Fait gaffe Meven, t’es pas sur une pente douce là, tu risques de tout perdre si tu te foires, à plus.
– Bye.

Meven replongea son portable dans son manteau et tira une longue bouffée de cigarette. On entendait au loin les cloches de l’église sonner, marquant les coups de 16h00.
– Au boulot, souffla-t-il alors, avant d’écraser son mégot par terre et de rentrer dans le studio.

 


 

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