chapitre 27

 


Argentique,
Check,
Jeu de pellicules de rechange,
Check,
Boule quies,
Check,
Portefeuille,
Check,
Spray au poivre,
Check.
Et bien cette fois ça y est ma vieille, tu sembles bien être aussi prête que conne pour aller voir un concert de rock avec tout un tas d’inconnu dans un endroit tout autant inconnu. C’est carrément du suicide, alors pourquoi tu souris comme une débile dans ta piaule ?
Ma réponse je l’ai, c’est aujourd’hui que je revois la ville de nuit en plus de deux ans de léthargie, j’en peux plus de cette chambre, de cette maison. Si ce soir est le dernier, alors soit.
Voyons. En partant à pied maintenant je peux être là-bas à temps, Anna m’a donné rendez-vous pour vingt-deux heures devant le bar, espérons seulement qu’elle n’a pas ramené trop de ses potes, et qu’elle ait pu les briefer sur le fait de pas me toucher.

Grincement dans l’escalier
Chaussures lacées
Porte fermée

Personne dans la rue.
N’y prends pas trop l’habitude non plus, ça se gâtera dans quelques minutes, une fois que j’aurais atteint l’avenue des bars… bordel, ce que la ville en pleine nuit m’a manquée, pas de tarés au volant, pas d’heure de pointe, pas d’autre lumières que les spots publicitaires, les enseignes marchandes et les lampadaires. Non, rien d’autre que des étudiants et quelques dealers discrets. Cette ville de nuit faussement calme, c’est une situation parfaite pour réfléchir posément, j’aimerais en profiter un peu plus, mais je crois déjà distinguer les lettres usées au néon jaune du Sharly’s Color au bout de l’avenue.
Anna n’a pas l’air d’être encore là. Difficile à dire cela dit, avec tout ce monde éparpillé devant, il devait pas y avoir un concert ? Sûrement l’entracte…
Mis à part le fait qu’ils se ressemblent à peu près tous, je me demande bien pourquoi est-ce qu’ils portent presque tous des rangers… le Sharly’s a pas gagné en réputation par sa propreté, mais de là à ce qu’il y ai de la boue?

Ma poche vibre, c’est surement Anna.
– Allô?
– Salut Keph !
– Tu es où? je te vois pas.
– On a changé de plan, tu te rappelles quand je te disais qu’un de nos potes était dans Arkorner? Les gars avec moi disent qu’il s’est finalement barré du groupe, du coup, on part tous avec lui a Var’grail club pour fêter ça, ramène toi !
Parce que ça se fête?
– Et le concert?
– On s’en fout pas mal d’eux, maintenant qu’Allan s’est cassé, ils ont plus rien à vendre. Et j’ai franchement pas envie de me taper un groupe de rock sans chanteur qui tire la gueule.
– Je vois.
– On est deux cents mètres plus loin sur la route des bars. Dépêche, l’happy hour va bientôt se finir !
– Pas grave, j’ai pas soif de toute façon.
– Hein? … Allô ? Hey Keph !
Qu’est-ce que t’as pu être conne ma vieille… T’as vraiment cru que t’allait passer une soirée inoubliable avec des nouveaux potes ? Ce que tu peux être naïve des fois… enfin.

Regard au loin
Mains dans les poches
Un néon clignote

– Statistique…
Le temps lui sembla se figer dès qu’elle eut pris la décision d’avancer d’un pas vers l’enseigne aux lumières jaunes. Quelques jeunes hommes aux cheveux longs et un verre à la main discutaient à haute voix tout autour d’elle. Une fois arrivé devant le pallier, Keph poussa l’une des deux portes blindés à l’aide de ses deux bras. Pris d’une grande difficulté à l’ouvrir, elle fut cependant surprise de sentir tout le poids de la porte basculer instantanément. Elle leva les yeux et vit qu’une immense masse de graisse s’était levé pour tenir la porte, un homme noir, imposant, taillé dans un costume bas de gamme, qui lui faisait étrangement penser à un grand trompettiste. Keph eu pour réponse à son regard intrigué un léger hochement de tête du vigile, puis décida de se faufiler dans l’étroit couloir remplit de monde menant à la fosse.
La température avait haussé de plusieurs degrés, une odeur de transpiration mêlée au bois pourri embaumait la pièce qui ne cessait de se remplir. Au bar, une rangée d’hommes dos à la scène braillaient en levant leurs verres, d’autres avaient une joue soudée au comptoir, pourvu d’un regard qui ne fixait plus rien.
Keph se trouva prise d’une bouffée de chaleur, accompagné d’un sentiment de totale insûreté et de danger. Devant elle se trouvait une armée de personnes toutes orientés face à une scène légèrement surélevée, la majorité masculine, décoré de divers bracelets, ranger, et pantalons noir ou à treillis.
Bon, et comment je fais, moi, pour avancer dans tout ça? Pensa-t-elle pour se donner un peu de contenance tout en avançant de quelques pas incertains.
Il n’en fallait pas moins pour qu’un des jeunes hommes se retourne vers elle.
Ils s’échangèrent une bref œillade, puis le jeune homme baissa son regard sur l’appareil photo autour du cou de la fille chétive face à lui, et entrepris machinalement un décalage sur sa droite, l’invitant à passer devant avant de tapoter l’épaule de l’autre muraille d’hommes qui se plantait devant lui.
Petit à petit, un chemin se fraya devant elle, et s’y faufila en soufflant de temps en temps quelques remerciements, finissant alors en devant de scène, sans réellement comprendre les tenant et les aboutissant de ce qu’il venait de se produire.
Quelques minutes passèrent alors, Keph se sentait serrée et mal à l’aise autour d’autant de monde.

S’il y a un mouvement de foule vers l’avant, cette nuit sera la dernière pour moi.

Alors qu’elle ruminait son funeste sort, une tête chevelue s’abaissa à son niveau.
– Premier concert ?
C’était un homme musclé, habillé en noir de la tête aux pieds, le front perlant de sueur sur lequel s’était collé quelques cheveux blonds ridiculement en pagaille.
Keph se retourna et hocha alors rapidement de la tête.
– J’espère que t’as rien contre le grabuge, en général avec eux ça bouge pas mal, mais tant que t’es dans les premiers rangs, ça devrait aller !
– C’est rassurant, lâcha-t-elle alors, ça augmentera un peu mes chances de survie.
Le grand blond redressa sa tête en s’esclaffant à ce qui lui semblait être une blague, tandis que le monde continuait d’affubler en grand nombre derrière eux.


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