chapitre 17

 

21h30 :

Les derniers éclats de distorsions venaient à mourir dans les murs feutrés de la salle de répétition. L’air ambiant était devenu lourd et chaud, et les gouttes de sueurs perlaient sur le front des musiciens. Dans un coin, Noah désolidarisait de son calepin une nouvelle feuille qu’il laissa glisser vers les sept autres tout autant remplies, puis massa son poignet tenant le crayon. Comprenant que les répétitions venaient de prendre fin, il réunit ses affaires avec la plus grande parcimonie. Dans la salle, les trois musiciens rangeaient leurs instruments et accessoires avec le même soin.
Meven fut le premier à mettre le pied dehors, une habitude qu’il prit depuis les débuts du groupe. Il se voyait toujours pressé de sortir pour retrouver et sentir l’air frais de la ville le soir, avant de sortir une cigarette de son étui.

Apercevant le regard inquiet de Noah, Shan vint à sa rencontre pour le rassurer, affirmant qu’il s’agissait d’une routine, et s’interrogea au passage sur son état de santé actuel.
A sa venue, Noah troqua son air anxieux contre un sourire, puis le félicita pour la prestation générale.
Non insensible à la flatterie, Tom traça la diagonale du local à grand pas.
– Alors, ça t’a plu ? Lança-t-il tout sourire.
Noah se releva en dépoussiérant ponctuellement son pantalon.
– Oui, répondit-il, vous étiez géniaux.
– Oh tu sais, c’est qu’une petite répétition de routine, s’enquit de répondre Shan.
– Exactement. Et puis, sachant que Shan n’en fout pas une dedans…
– Boucle là sombre idiot. Il soupira. Le jour où tu troqueras ton métronome contre un cœur, préviens moi.
– Ça ne s’entendait pas, s’enquit de répondre Noah. Tous les trois… c’est une chose difficile à décrire, mais vous êtes comme en symbiose. Ça vaut pour moi tous les ratés du monde.
Shan et Tom se mirent à sourire.
– Assez de compliment pour aujourd’hui ! Plaisanta Shan avant d’épauler Noah. Décampons avant que l’autre pervers de concierge nous chasse à coup de magazine collant.
Tom afficha une grimace.
– Ce que tu peut-être cru des fois…

Dehors, les rues de Viria étaient déjà noires, seuls quelques lampadaires et phares de voitures veillaient à éclaircir des parcelles de bitumes. Meven se trouvait sous l’une d’elles, assis sur une rambarde rouillée, terminant sa cigarette. Une des nombreuses habitudes que Shan expliquait quelques instants plus tôt à Noah.
– A bientôt, lui allégua Shan.
– Garde ton optimisme ! Lança Tom, déjà quelques mètres plus loin.
Noah répondit d’un signe timide de la main, puis se retourna en direction de Meven, descendu de son perchoir, la housse de guitare en main.
– Tu vas mieux ? Questionna-t-il tout en ouvrant le pas en direction de la zone tertiaire.
– Oui, merci de t’inquiéter pour moi.
– Tant mieux, souffla Meven, tu m’as vraiment fait flipper à un moment.
Noah passa une main sous sa nuque.
– Pardon, accompagna-t-il d’un rire gêné. J’essaierais de ne plus t’inquiéter autant à l’avenir.
– Oublie ça… tu as faim? Rebondit Meven. On va passer au supermarché, histoire d’acheter de quoi cuisiner pour ce soir.
– Tu sais cuisiner ?! Répondit-il aussitôt affublé d’un grand sourire.
– Le mot est fort, avoua Meven tout en décochant une nouvelle cigarette de son paquet. Mais étant donné l’occasion, on va faire l’effort de préparer quelque chose de bon. Après tout, c’est pas tous les jours qu’on fête un emménagement.
A ses côtés, Noah serrait des poings, ne sachant comment contenir son enthousiasme.
– Génial ! Se surprit-il à lancer. Je pourrais t’aider ? Je n’ai jamais cuisiné de ma vie, on m’a toujours dit que je n’y étais pas destiné. Mais moi, je voudrais essayer !
– On ? De qui parles-tu ?
– Et bien… Noah desserra ses articulations. De personnes qui ne croyaient pas suffisamment en moi, je suppose.
– Probablement.
Meven sorti de sa veste en cuir la liasse de billets acquise au port plus tôt dans la journée. Il la frictionna négligemment, puis déclara avec un long sourire en coin :
– Moi, je crois surtout que l’on va bien manger.

 

 

 

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