chapitre 14

 

09h00 :

Les cristaux-liquides scintillaient en rouge, le réveil affichait un son agaçant comme à son habitude, celui d’un l’appel au travail, de la routine qui accompagnait Meven depuis maintenant quatre longues années. Il connaissait ce refrain par cœur, si bien que chaque jour il se réveillait peu de temps avant que l’alarme retentisse, en fixant d’un air neutre les deux points rouges séparant les minutes des heures. Meven laissa le réveil sonner de longues secondes avant de le quitter des yeux, décidé à se lever. Il referma sa porte de chambre pour traverser le living room dans l’espoir de trouver quelque chose à manger, tandis que l’alarme continuait de sonner dans un bruit de fond.
– Café… café…café… Ses doigts pianotaient les restes de boites alignés sur le plan de travail, avant de se faire à l’idée que sa journée se fera sans caféine.
Meven s’assit dans le sofa en fixant son mug vide d’un air morne.


– Encore une belle journée de merde, souffla-t-il.


Alors qu’il reposa son mug sur la table basse, son téléphone se mit à sonner.
Il hésita à se lever pour répondre, puis céda au bout de la huitième répétition.
– Allô…
Meven eut en retour un semblant de respiration mêlé aux bruits urbains, il réitéra.
– Allô, répondez vite ou je raccroche. Il leva les yeux, sa conclusion tournait à l’évidence.
– Heu… je…
La voix se mélangeait aux bruits urbain, il ne fallut pourtant pas longtemps à Meven avant de comprendre.
– Allô ? T’es le type de la cathédrale de Viria c’est bien ça ? Allô ?!
Il n’eut aucune réponse en retour. Son cerveau bouillonnait à l’idée de savoir d’où pouvait provenir l’appel.
Réfléchis, réfléchis putain…
Il se figea net lorsqu’il se remémora son trajet d’hier.
Une cabine téléphonique ! J’en ai vu une à quelques mètres de la cathédrale !
– Allô ? T’es toujours là ? Si oui ne bouge pas d’où tu es, j’arrive tout de suite !
Meven jeta son combiné dans le sofa, piocha les premières fringues qu’il vit dans sa chambre, puis attrapa dans un même élan ses clefs et la clenche de sa porte d’entrée, avant de sauter les marches de son immeuble quatre par quatre.

 



Il ne lui fallut pas plus de quinze minutes de course intensives avant de se rendre dans les quartiers de la vieille ville. Lors d’un croisement à gauche il s’accorda une pause, s’aidant d’un mur pour reprendre son souffle.
– Putain de clopes, ria-t-il.
Il reprit sa course en trottinant, jusqu’à tomber du regard sur la cabine téléphonique vu dans ses souvenirs.
Noah se trouvait devant lui, serrant des deux mains le combiné collé à son oreille, il desserra son emprise lorsqu’il aperçut Meven de l’autre côté du trottoir.

Ok, tâche de faire bonne impression cette fois-ci, s’adressa Meven à lui-même.

Il observa alors Noah sortir, laissant tomber le combiné claquant sur les vitres de la cabine téléphonique, provoquant un bruit sec qui fit tourner la tête de plusieurs badauds.
De suite sortit, il agita énergiquement son bras avant de se mettre à traverser la route. Sans prêter de regard à ses latéraux, plusieurs voitures se virent l’esquiver de justesse pour ensuite mieux klaxonner, qui ne fit sourciller le jeune garçon à aucuns moments. Son enthousiasme s’effaça une fois devant Meven, le regard alarmé par la scène dont il était témoin. Il chercha alors du regard quelque chose sur lequel s’accrocher, avant de les replonger dans les yeux de Meven avec un air interrogatif.

Dire que je m’en faisais pour les bonnes impressions…

Il chassa ses pensées et tendit sa main.
– Salut, moi c’est Meven.
Le jeune garçon l’imita de la mauvaise main :
– Noah.
Meven manqua de rire, puis se ravisa voyant le jeune garçon perdre peu à peu son air anxieux.
– Ravi de faire ta connaissance Noah.
Ils se mirent à marcher le long du boulevard, Noah fixait la pointe de ses chaussures quelques pas derrière, une main frottant sa nuque. Après deux longues minutes, Meven tenta d’entamer la conversation, jugeant ce silence insoutenable. Il se retourna.
– Sinon, tu habites dans quel quartier ?
– Oh… Je ne suis arrivé qu’hier à Viria’district.
– Vraiment ? T’es pas d’ici alors ? De quelle ville tu viens ?
Meven observa Noah le quitter du regard pour revenir à ses chaussures.
– Oublie ça, enchérit-il d’un rire gêné, mais j’y pense, t’as dormi où hier ?
– Dans la cathédrale, lui sourit-il.
– Tu n’as pas de logements sur Viria ? Tu vas me dire, c’est vrai que les hôtels coûtent une blinde ici.
Noah l’observa de nouveau avec les yeux ronds, ce qui le rassura.
– Tu… Si tu n’as aucun logement sur Viria il t’en faut absolument un. C’est peut-être précipité, mais je peux te proposer une pièce chez moi durant quelques jours, le temps que tu te trouves un appartement ?
– C’est vrai ?!
Dès lors, Noah ne le quittait plus du regard, un sourire béat se dessinait sur son visage.
– Bien sûr, le temps que…

Le temps que je sache si tu as le potentiel pour être dans le groupe, pensa-t-il.

– Zut, j’ai pas fait gaffe à l’heure, avec tout ça je vais être en retard pour le travail.
– Le travail ? Noah le dévisagea.
– Un petit Job à mi-temps, c’est pas passionnant tu sais, on décharge des petits bateaux de pêcheurs sur les quais du port de Viria, c’est un peu plus au Nord de là où on se trouve. Mais au fait, tu travailles là-bas ? Il pointa du doigt derrière son épaule en direction de la cathédrale.
Noah repensa aux tâches ménagères qu’il effectuait quotidiennement à l’abbaye.

C’est donc ça, un travail ?

– Non, répondit-il, je n’ai pas trouvé de travail depuis hier.
Meven se trouva gêné d’avoir lancé le sujet, il tenta alors le tout pour le tout.
– Suis moi dans ce cas, on va voir ce qu’on peut faire.
Sans prévenir, Meven prit une grande détente et se mit à courir le long du boulevard en direction du port. L’inconscient de Noah se projeta une journée plus tôt face au train entamant sa course sur les quais d’A’Shamay, il lui emboita le pas aussitôt.

Ils coururent plusieurs centaines de mètres, esquivant tant bien que mal les riverains. Au carrefour, Meven pila net et balança un regard derrière son épaule. A quelques mètres derrière lui, Noah continuait sa course. La simple idée de démarrer une nouvelle vie lui avait fait perdre conscience de tous dangers de la ville. Arrivé au carrefour, une force contraire le força violement à stopper sa course, une voiture manqua une nouvelle fois de le percuter. En relevant son regard, Noah aperçut le bras élancé de Meven enlaçant son torse.
– Marchons, lui sourit-il, nous sommes presque arrivés.


 

 

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