chapitre 13

 

Með von að vin ég vinn upp smá tíma ¹

Meven resta caché derrière les colonnes, se contentant d’épier le jeune garçon assis à même le sol.

Bordel, mais c’est qui ce type ? Cet accoutrement… sûrement un servant d’autel. Et ce chant, j’y comprends absolument rien. Peut-être un étranger en pèlerinage ? Tout de même, un pèlerinage à Viria…

Noah marqua une pause, puis tira dans les aigus :

Leita að ágætis byrjun, En verð að vonbrigðum ²

Meven se trouva stupéfait.

Merde, se dit-il, c’est d’une justesse… ce type n’en met clairement pas une à côté. Et ce timbre de voix…

Il l’observa de plus en plus attentivement, remarqua des petites mimiques. Comme par exemple ses mains qui se déplaçaient timidement à terre, comme pour contrôler la justesse de sa voix.

C’est lui qu’il nous faut.

Sans réfléchir, Meven sortit à découvert.
– Pardon de te déranger mais…

Noah s’arrêta net.
L’écho de son chant se perdit dans les voutes, il chercha énergiquement du regard d’où venait son interlocuteur avant de poser ses yeux sur Meven, vêtu de noir. Il se releva maladroitement, tout en empoignant son sac.
– Je ne savais pas ! Je vous le promets !
Il était au bord des larmes, son regard trahissait de la peur.
Dans l’incompréhension, Meven fit quelques pas en fouillant dans la poche de sa veste.
– Quoi ? Non, je suis là pour…
– N’approchez pas ! Coupa sèchement Noah.
Il empoigna la crosse en noyer du remington, encore enfouis sous un tee shirt dans son sac.
Sentant la tension monter d’un cran, Meven sortit lentement une pochette de CD de sa veste, qu’il posa sur un des bancs en bois de la nef, à quelques pas du garçon.
– Je suis membre d’un groupe, un groupe de musique.
Il insista du regard en direction du CD, Noah l’imita.
– Je ne vais pas y aller par quatre chemins, on s’est séparé de notre chanteur dernièrement, et on recherche quelqu’un correspondant à nos critères. Vu tes vêtements, tu fais partie d’une chorale, non ?
Meven posait maintenant son regard sur Noah. Confus, il desserra son emprise sur l’arme, sans la quitter du toucher.
– C’est qu’une démo, reprit-il. Mais ça donne l’idée du projet. Je te la laisse ici, il déposa une pièce sur le plastique de la jaquette. Appelle-moi si tu es intéressé, le numéro est indiqué sur le verso.
Noah observa Meven face à lui s’éloigner, avant de tourner les talons en direction de la sortie.
Il s’écroula sur le sol juste après avoir entendu la porte se refermer.

– Pourquoi…Pourquoi moi ?

Ses yeux balayaient la nef du regard comme pour trouver une réponse pour enfin se poser sur le premier banc en bois de la rangée. Il attrapa la jaquette du CD. Elle représentait de profil, le corps d’une femme allongée dans une baignoire à patte de lion, l’air paisible. Le verso quant à lui montrait l’arrière profil de la baignoire, criblée d’impact de balles dans lesquelles se déversait l’eau figée marquée de rouge.
Un numéro de téléphone portable était imprimé sur le bas droit de l’image.
Noah le rangea dans son sac, et sortit les pâtisseries déformées et écrasées qu’il mangea avec hésitation et honte, accompagné de larmes et de pleurs.


 

¹: Avec l’espoir comme ami je récupère un peu de temps.
²: Je cherche un bon début, mais c’est devenu une déception.

 

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