chapitre 11

 

Une alarme retentit fortement.
Le réveil affichait neuf heures, Meven l’observait pensif depuis maintenant quelques minutes, fixant les cristaux liquides rouges devant lui. Il se demandait ce qui pouvait le pousser à se lever une fois de plus aujourd’hui, puis décida de l’éteindre, sans trouver de réponse. Il traversa le couloir pour se rendre dans la salle de bain, puis ouvrit le robinet de douche tout en décochant sa brosse à dent. L’eau gelée lui rappela qu’il lui fallait payer ses factures d’électricité, répondant alors à sa question soulevée quelques minutes auparavant. Revêtu de son peignoir, il retourna dans sa chambre, empoigna sa guitare électrique débranchée et récita une à une ses gammes apprises durant ses années de pratiques, puis la reposa sur son étui.

Plus tard dans la cuisine, Meven regroupait plusieurs fins de boites pour convenir d’un petit déjeuner décent.

Y a pas à chier, elle craint cette fin de mois. Si le groupe ne perce pas très vite j’suis bon pour me trouver un plein temps.

17h00
Meven déposa sa dernière cargaison et retira son tablier bleu en direction des vestiaires. Il profita de cette fin d’après-midi pour errer dans les grands boulevards de la ville, afin d’y coller quelques affiches promouvant leur prochaine date au Sharly’s Color. « Quitte à finir dans l’indifférence, autant le faire devant les yeux de tous » pensait-il en s’exécutant.
A peine eut-il finit de traverser la moitié du boulevard qu’il se trouvait déjà à court de prospectus, c’est alors qu’un personnage obèse affublé d’un tablier crasseux que l’on devinait avoir été blanc un jour manqua de bousculer Meven en criant des « Au voleur ! » à la foulée.
Sans même se retourner, le raffut lui donna l’envie de se retrancher dans les endroits plus calmes de la ville avant les répétitions de 18h30, il opta pour la vieille ville.
De là où il se trouvait, il lui fallut marcher quelques minutes pour s’y rendre. Comme à son habitude, il accompagna son trajet d’une cigarette qu’il consuma machinalement, avant d’entendre de plein fouet les cloches de la cathédrale, qu’il venait de dépasser.

Meven s’arrêta dans le but de les écouter plus attentivement, tout en levant la tête pour y observer le clocher, en passant par toute l’architecture romantique de la façade retraçant ce qu’il devinait comme étant des passages de la bible, ciselé dans de la pierre grise. Il traversa la rue. Sans vraiment savoir pourquoi, Meven se disait qu’il était temps de se rendre dans cette cathédrale, qu’il voulait visiter depuis maintenant plusieurs jours. Il prit soin de jeter son mégot dans une poubelle, chose qu’il ne faisait d’habitude jamais, jugeant l’état des rues de Viria suffisamment exécrable pour décider de la négliger. Devant cette imposante construction, il voulait pour une fois faire bonne impression. Meven poussa l’une des deux grandes portes de bois visiblement d’origine avant de l’aider à se refermer. Il s’étonna d’entendre à quel point l’acoustique du lieu était efficace, ne parvenant plus à discerner les bruits extérieurs. Il se prit au jeu, et ferma les yeux pour deviner si un quelconque son réussissait à traverser l’enceinte séparant l’extérieur d’où il se trouvait.

– Tiens, quelque chose d’aigu… Un acouphène ? Non, le son est bien trop doux. Qu’est-ce que ça peut bien être, une sirène ? Impossible, les notes paraissent se suivre comme une… une mélodie ?

Meven rouvrit ses yeux, le son ne venait pas de l’extérieur, il s’en était persuadé. Il chercha dans le couloir de pierre où il se situait, marcha quelques mètres en scrutant les voutes. La mélodie gagnait en perceptibilité, mais encore trop floue pour qu’il puisse lever le voile sur ces notes qui l’intriguaient de plus en plus. Au bout du couloir se trouvait une nouvelle porte en bois, cette fois plus petite. Meven chercha à l’ouvrir le plus silencieusement possible, commençant à douter de la nature de ce qu’il était venu découvrir. La porte menait au collatéral de la cathédrale, Meven se glissa silencieusement colonnes après colonnes en direction de la nef, là où se situait la nature de ce qui l’intriguait. Depuis sa traversée, plus un son n’émanait.
Il décida alors de sortir de l’ombre des colonnes, pour élucider le mystère qu’il s’était lui-même créé. C’est alors qu’il découvrit au niveau de la nef centrale, une petite silhouette agenouillée aux mains jointes.
La silhouette releva la tête en direction du ciel peint. Sa capuche dévoila une chevelure blanche, et ses lèvres s’ouvrirent, de nouveau.


 

 

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